L'aventure Mitra et la création du centre de yoga

Philip Rigo et son épouse Elodie vous raconte l'aventure L'envers du décor, partie 1 / 3


 Version PODCAST à écouter ici 🎙️

Une rencontre et bientôt vingt ans d'histoire 📜

Philip : Aujourd'hui je vous emmène dans l'envers du décor. D'habitude je vous parle de yoga, de philosophie du yoga, etc. Mais aujourd'hui on a décidé de vous parler un peu de nous. Et donc c'est pour ça que j'ai invité Élodie, qui est mon épouse.

Élodie : Bonjour.

Philip : Elodie est là depuis presque le début. En tout cas, elle est là depuis la première formation. T'es là depuis quand en fait ?

Élodie : C'était la formation de Bruxelles à l'époque, et je pense que c'était en 2007 ?

Philip : 2009. Mais on l'organise ensemble depuis 2008.

Élodie : D'accord.

Philip : Donc tout au début de notre relation, tu es arrivée pour les formations. Mitra, elle existe depuis 2007. On va fêter un sacré anniversaire l'année prochaine. On va fêter, je pense le 6 avril 2027, on va fêter les 20 ans de Mitra.

Élodie : Exact. Je suis retombée sur les statuts, la publication des statuts  en rangeant des documents. Et le 6 avril 2027, on fêtera les 20 ans.

Philip : J'ai invité Élodie pour qu'elle puisse venir vous expliquer un peu l'envers du décor, parfois, ou certains points de l'envers du décor, parce que les gens ne se rendent pas compte de ce qui se passe derrière. C'est toujours intéressant d'avoir un point de vue sur l'authenticité des choses. Vous savez, dans le yoga, on dit ça, on essaie d'être authentique et de s'aligner. Je me disais : ok, on va inviter Élodie, on va voir ce qu'il se passe.  Évidemment, Élodie ne va pas tout vous dire, puisque c'est mon épouse, donc elle connaît aussi tous mes défauts, mais on n'a pas le temps pour les voir en entier.

Élodie : Non, on ne va pas faire ça (rires)

Philip : Ok, Élodie, vas-y, commence.

Le jeu des mots-clés 🔑

Élodie : Philip, pour cet échange je te propose qu'on fasse un petit jeu. J'ai écrit ici, sur un papier, quelques mots-clés de ton parcours. Et alors ce que je vais faire, c'est que je vais aller piocher au hasard un mot, et il va sortir dans un ordre complètement aléatoire, et on va pouvoir discuter du thème qui sera sélectionné.

Philip : Ok, je te suis, vas-y.

1er Mot-clé🔑 : Centre de yoga, à la recherche du lieu idéal 🔎

Élodie : Alors, je ferme les yeux et je vais aller sélectionner un mot. Ça, c'est une main innocente. Alors, la main innocente a choisi : Centre de yoga.

Philip : Ok, centre de yoga. Et donc ?

Élodie : Et donc, je pense qu'on pourrait expliquer le parcours de Mitra par rapport au lieu de formation. Parce qu'on a testé beaucoup de choses, on a usé quelques salles de yoga, et finalement on a enfin trouvé notre Centre de yoga.

Philip : Donc on a commencé, comme on vous disait en 2009, à ouvrir des formations au Chant d'Oiseau. Et d'ailleurs c'est Élodie qui s'occupait des réservations, parce que sinon je suis trop... 

Elodie : disons que pour être sûr que les élèves soient là en même temps que le prof, il valait mieux que ce soit moi qui m'en occupe. 

Philip : Et aussi pour que le directeur me prenne au sérieux, 

Elodie : et que la salle soit disponible. 

Philip : Deux ou trois fois j'ai envoyé un mail et tu m'as dit : non, non, je vais le faire, parce que là c'est pas possible. Donc le Chant d'Oiseau, maison Notre-Dame du Chant d'Oiseau, c'est à Bruxelles. Donc ça, c'était le premier groupe de formation. À l'époque, c'était déjà 4 ans, mais c'était du côté de Woluwé. Ensuite on a ouvert une formation à Liège, aux Bénédictines, dans une salle de gym, parce qu'on voulait faire comme mon prédécesseur. Cette salle de gym d'école primaire tombait en ruine. Et on a eu plein d'histoires là-bas. Par exemple, il y a une fille qui se plaignait que la douche était trop chaude, mais c'était un monastère. Et à un moment donné, elle se promenait toute nue, je crois. Et les bonnes sœurs n'ont pas apprécié.

Élodie : Oui, donc en fait, il y a certains élèves qui choisissaient de passer leur week-end en internat et donc qui logeaient sur place. Et donc voilà, il y a eu des petites aventures comme ça. Je crois me souvenir aussi que le chauffage dans la salle, il se déclenchait un peu n'importe comment, n'importe quand.

Philip : Oui, il y avait une énorme soufflerie. Soit on avait froid, soit il y avait du bruit. Et donc voilà.

Elodie : Et l'odeur était aussi particulière, odeur "salle de gym".  A Liège, on est aussi allé au Palais des Congrès de Liège. Je ne sais pas si mon ordre est correct. On est allé au Palais des Congrès parce qu'on avait décidé d'arrêter les Bénédictines. Mais au Palais des Congrès, ça n'allait pas non plus

Philip : Ça n'allait pas non plus le chauffage. Et en fait, ça n'allait pas non plus du tout. Et il y avait des soirées  dans les autres salles, des sans-abris venaient devant la salle aussi et ils faisaient beaucoup de bruit. C'était infernal.

Elodie : C'était infernal. Mais on n'a jamais lâché.

Philip : Non, jamais. Mais le Palais des Congrès nous a lâché. Et puis quelques mois plus tard, il y a eu les grosses inondations à Liège. Et alors, il y a le "-grès" qui est tombé à cause d'un coup de vent. Donc, le Palais des Congrès, il y a le "-grès" qui est tombé. Donc je vous laisse deviner ce que c'est devenu pendant quelques années. 

Elodie : Tu veux dire le nom de l'endroit.

Philip : Oui, c'était le Palais des Congrès sans le "grès". On est partis juste avant les inondations. Et puis on est allés à l'espace des Prémontés, à Liège. Et donc on a fait aussi Namur, on a fait deux salles aussi à Namur. Et puis Kaustubha est arrivé en 2016 aussi pour faire des formations de yoga thérapeutique. Et ça, on les a organisées à Flagey, à la Maison de la Radio, dans les studios — là où il y a des bars de bière aussi au milieu de la pièce. 

Elodie : Donc oui, ce n'est pas du tout compatible avec l'ambiance qu'on voulait donner, mais on n'avait pas beaucoup de possibilités. Il fallait que ce soit un endroit facile d'accès pour toutes ces personnes qui venaient de l'étranger. 

Philip : Et puis on est allé au théâtre Le Marny, qui est un peu derrière la place Flagey. Et là, c'était tout noir. Et il fallait que j'aille à 6h du matin allumer le chauffage, parce qu'il y avait tellement de trous dans le toit que c'était difficile d'avoir plus de 17 degrés. Et il faisait tout, tout, tout, tout noir. Et c'était au quatrième étage. C'était très, très difficile de porter tout le matériel pour aller là-bas.

Élodie : Et je crois que c'était une salle de répétition de théâtre. Donc c'est pour ça qu'il y avait des tentures noires, tout était très occulté, ...

Philip : Oui. Et alors, quand même, Kaustubha m'avait dit : écoute, Philip, ce serait vraiment bien que tu trouves une autre salle parce que là, vraiment, c'est compliqué. Et moi j'avais dit:  je ne veux pas un studio. Je ne veux pas un studio de yoga parce que je ne veux pas laver les toilettes pour les élèves.

Élodie : Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui ?

Philip : Aujourd'hui, je lave les toilettes pour les élèves! 

Élodie : Donc moi j'ai regardé de mon côté parce que je sentais bien qu'on avait atteint un niveau où il fallait vraiment trouver notre endroit. Et j'ai juste fait une petite recherche et je suis tombée directement sur cette annonce du numéro 7 de la place Flagey. Un grand plateau destiné, a priori, plutôt à des bureaux. 

Philip : Donc, 7e étage, numéro 7, place Flagey, 200 mètres carrés. Aujourd'hui, c'est le premier temple Viniyoga en dehors de l'Inde. Le premier temple au monde dédié au Viniyoga, à la pratique du Viniyoga en dehors de l'Inde. Et donc Kaustubha est venu et on a fait des rituels pour nettoyer l'endroit et on a installé Hayeka Liyaba.

Élodie : Le timing était chouette parce qu'en fait, quand on a trouvé le centre, Kaustubha était encore en Belgique. Donc il a pu voir et un peu donner son avis et aussi valider le lieu.

Philip : Oui, c'était important pour moi, je ne l'aurais pas fait sinon.

Élodie : Oui, c'est ça, parce qu'on l'a quand même impliqué dès le début, parce que c'était aussi pour ces groupes internationaux qu'on accueillait en Belgique, qu'on voulait que cet endroit-là soit adapté.

Philip : Kaustubha Desikachar, c'est le petit-fils de Krishnamacharya, et le fils de T.K.V. Desikachar, avec qui je travaille depuis 2016. Enfin, depuis 2016, j'organise des formations de yoga thérapeutique avec lui. Mais je travaille avec lui depuis 2004 en fait. Et donc, oui, c'était vraiment important qu'on ait son aval et sa vision.

Aux origines de la relation avec Kaustubha 🤝🏽

Élodie : Et en parlant de Kaustubha Desikachar, est-ce que tu te souviens de la première fois où tu l'as rencontré, quel âge tu avais ? 

Philip : est-ce que ta main innocente a cherché un mot?

Elodie : Après!

Philip : Je l'ai rencontré en 2004 à Cannes. Il y avait un français, à l'époque, m'avait demandé d'aller le rencontrer. Et puis alors j'ai été travailler avec lui en 2005 à Chennai, en juillet. Et c'est là que j'ai rencontré Desikachar pour la première fois. Mais mon premier voyage en Inde — quand même, je voudrais quand même expliquer — en 2005, j'étais parti avec ma copine de l'époque.

Elodie : Celle avant moi.

Philip : Non, c'était pas toi.

Élodie : Je sais que ce n'était pas moi.

Philip : Et en fait, on m'avait dit tellement de choses sur l'Inde. Et il faut savoir que l'aéroport, il est situé dans le plus grand bidonville d'Asie, dans le quartier d'Anderi. Ça s'appelle Anderi. Et moi, je pensais qu'on était vraiment à Bombay, parce qu'au départ, on était allé à Bombay — parce que comme ça, on prenait un avion moins cher. C'était 500 euros pour aller jusqu'à Bombay, c'était 1000 euros pour aller jusqu'à Chennai. Donc, on s'était dit qu'on allait aller à Bombay, et puis prendre le train. Prendre l'avion, c'était trop cher pour moi à l'époque. Donc, on arrive à Bombay. Et en fait, on est resté trois jours dans le bidonville. Il y avait quand même un hôtel. Et c'était incroyable de voir les gens là-bas, et de passer trois jours avec eux là-bas, avant qu'on se rende compte qu'en fait, Bombay, c'était pas là. Et que c'était plus loin. C'était incroyable, les gens. Comment ils étaient... J'ai vu les plus beaux sourires de toute ma vie. J'ai vu énormément de souffrance, mais j'ai vu une incroyable simplicité, et vraiment des gens qui savaient vivre, et des sourires extraordinaires. Et au milieu de tout ça, il y avait des gars en costume qui vendaient des cartes SIM pour ton abonnement téléphonique. Incroyable.


2ème Mot-clé 🔑 : Mitra 🌞

Élodie : Je vais reprendre ma petite main innocente. Alors je ferme les yeux et j'ai choisi le prochain mot : Mitra.

Philip : En fait on en a déjà parlé, la date de la création.

Élodie : Oui, mais Mitra, ça veut dire quoi ?

Philip : En fait, Mitra, c'est l'amitié. Mais le soleil représente l'amitié en Inde. Ça, c'est important parce qu'elle est toujours là. Le soleil se lève, quoi qu'il arrive. Vous voyez ? Et ça, Mitra, il y a l'idée de fidélité derrière Mitra. Il y a l'idée de soleil, il y a l'idée d'amitié, il y a l'idée de fidélité, et il y a une idée de chaleur aussi. Donc Mitra, c'est vraiment un mot important, mais c'est aussi le soleil dans l'Inde védique. C'est un dieu qui allait avec le dieu de l'océan, Varuna. C'était le frère jumeau, Mitra-Varuna. C'était un dieu, l'équivalent des dieux obscurs par exemple — je ne sais plus si ils étaient grecs ou romains. C'est l'équivalent en Inde. Donc Mitra, c'est vraiment un beau nom. C'est vraiment un beau nom.

Élodie : C'était ton premier choix ?

Philip : Non, je n'aurais jamais choisi un nom moi-même à l'époque. J'ai demandé l'avis de mon prof de yoga.

Élodie : Ah bon?

Philip : Il a réfléchi et m'a dit : ça va s'appeler Mitra. Donc j'ai dit ok.

Élodie : Ah, ça j'en savais rien.

Philip : Je n'ai pas choisi.

Lire la suite : bientôt :-) 

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