Le parcours de Philip : apprendre, enseigner et se transformer

Philip Rigo et son épouse Elodie vous raconte l'aventure L'envers du décor, partie 2 / 3


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L'envers du décor - Partie 2 / 3

Mot-clé : Enseignant

Élodie : Nouveau mot maintenant, je pioche : enseignant.

Philip : Ok. Et alors ?

Élodie : C'est quand même une casquette qui est présente depuis longtemps sur ta tête. Tu as commencé à enseigner tout jeune, à l'âge de 23 ans.

Philip : Oui, après la philo, j'ai été prof. À 23 ans, j'étais prof. J'étais prof de français, puis prof de moral. J'ai commencé dans une école vraiment très, très difficile. Et puis, je me suis fort épanoui en tant que prof de moral, vraiment. Et puis, j'ai quitté le boulot de prof de moral après 11 ans pour m'investir uniquement dans le yoga. Principalement pour deux raisons : parce que j'avais besoin de pouvoir aller en Inde non pas quand c'était les vacances, mais je devais pouvoir y aller quand j'avais besoin d'y aller. Donc à l'époque j'y allais beaucoup. Et la deuxième raison... 

Élodie : Je te coupe. Quand on s'est rencontrés, c'était au mois de juillet, et genre quelques jours après tu partais pour l'Inde, et je pense que tu y es resté 6 semaines et demie. C'était presque tous tes étés qui se passaient en Inde.

Philip : C'est grâce à ça que tu m'as embrassé, parce que tu ne voulais pas que j'aie trouvé une Indienne là-bas.

Élodie : Possible.

Philip : Oui, à l'époque, je passais tous mes week-ends en formation avec Frans Moors. Tous mes week-ends dans tous ces groupes. Donc j'étais assistant. Dès qu'il y avait des vacances où je pouvais partir, je partais à Noël et je partais en été. Et je mettais tous mes sous là-dedans. Parce que quand on est jeune prof, on n'est pas bien payé la première année ou la deuxième année. Et je mettais tous mes sous là-dedans. Et pendant des années, j'ai fait ça. Et puis, la deuxième raison, c'est que quand mon fils est arrivé, je me suis dit : je ne peux plus faire deux choses aussi différentes dans ma vie. Il faut que je m'aligne. Et j'ai senti quelque chose qui s'effondrait dans ma cage thoracique comme un château de cartes. Et je me suis dit : ok, maintenant, il faut que je sois authentique, vraiment. Et donc, j'ai choisi ma passion.

Élodie : Notre fils.

Philip : Oui, notre fils. 

Elodie : Et pendant quand même une période assez longue, je ne me souviens plus exactement, mais tu as accumulé les deux. En fait, tu donnais des formations de yoga le week-end, donc à partir de 2009, tout en continuant ton activité la semaine à l'école.

Philip : Oui, j'ai fait ça longtemps parce que je voulais être sûr que je pouvais vraiment créer quelque chose dans le yoga. Et en même temps, je faisais un master de sanskrit, si tu te souviens.

Élodie : C'était ta passion. Je me souviens que je t'ai fait réciter de l'acadien.

Philip : C'était de l'assyro-babylonien. Ça n'a rien à voir avec le sanskrit. Mais comme c'est des langues qui dépendaient de l'Empire britannique — tu vois, c'était l'Orient de l'Empire britannique — j'ai fait de l'égyptien, j'ai fait de l'assyro-babylonien, des trucs comme ça qui n'ont pas de sens.

Élodie : Tu as un master en sanskrit, tu es allé au bout du cursus.

Philip : Un master unique. J'étais au bout, j'étais au bout.

Mot-clé : Sanskrit

Élodie : Je reprends mon petit bic. Sanskrit, justement.

Philip : Le sanskrit, c'est vraiment une langue extraordinaire qui est très peu, très mal connue. D'ailleurs, par exemple, on l'enseigne à l'université, mais on l'enseigne à l'écrit. Il faut savoir que le sanskrit, c'est une langue orale qui est faite pour être parlée, qui est faite pour être entendue. Par exemple, l'écriture des mots change en fonction des liaisons. Vous voyez, en français, les liaisons, on doit les inventer à partir de ce qu'on voit écrit. Mais le sanskrit, il est créé à partir de la langue parlée, parce que c'est la langue des dieux. On écrit d'ailleurs le sanskrit dans ce qu'on appelle la devanagari. Deva, ça veut dire les dieux. Donc c'est une langue qui est faite pour être parlée, pour être entendue, pour être chantée. Et ça, c'est vraiment important. 
Par exemple, ici à la rentrée 2026, je vais ouvrir une formation sur la Bhagavad Gita, et j'ai lu à mes élèves qui me demandaient quelques passages de la Bhagavad Gita en français. Et en fait c'est impossible de comprendre parfois en français sans passer par le sanskrit, tellement le sanskrit est plus beau et plus riche. C'est impossible de comprendre la Bhagavad Gita en français, et je suis persuadé de ça. C'est vraiment une langue incroyable. Mais c'est une civilisation. Moi je pensais, quand j'ai fait ces études-là, que je pourrais parler sanskrit et comprendre le sanskrit comme on parle l'anglais.

Élodie : Oui, mais ce n'est pas ça.

Philip : Non. En fait, tu vois, il y a le vieux français, il y a le français de la littérature, il y a le français des poèmes, il y a le français de la technique, il y a le français des modes d'emploi, il y a le français des ingénieurs, il y a le français parlé. Et en fait, c'est toute une philosophie, c'est toute une civilisation. Et donc le sanskrit, c'est la même chose. Et c'est une civilisation qui a 2 à 3 000 ans. Donc c'est une extraordinaire richesse. Et donc quand on comprend un texte, ça ne veut pas dire qu'on comprend un autre texte. C'est vraiment très, très, très riche.

Élodie : Si je me souviens bien tu as commencé à étudier le sanskrit bien avant ton master en sanskrit, en fait. C'est ça ?

Philip : C'est ça. À cette époque là, j'étudiais avec Jacques Duchesne-Guillemin, qui était professeur de sanskrit et d'avestique à l'université de Liège et qui était retraité, et qui habitait à Cointe. Et donc j'allais le voir tous les samedis — j'allais passer mon après-midi avec lui — ou bien pas les samedis, le vendredi, ou je sais plus quand. Mais souvent j'étais en formation les samedi et dimanche. Mais quand j'y étais pas, j'allais voir Jacques Duchesne-Guillemin. Et donc pendant plusieurs années, je faisais 2 ou 3 heures de sanskrit avec lui. On a traduit la Bhagavad Gita ensemble, par exemple. Il m'a appris la devanagari, à lire en sanskrit. Et puis après, quand il a fini tout ce qu'il pouvait m'apprendre en sanskrit, alors on a fait du néerlandais.

Élodie : Du néerlandais ? Je pensais que c'était de l'anglais.

Philip : Et on a fait de l'anglais aussi. Et puis après je n'avais plus le temps, je n'avais plus le temps d'aller le voir. Et il est décédé 4 à 5 ans plus tard, en 2012.

Mot-clé : Cours individuels

Élodie : Très bien. Un nouveau mot ? Cours individuels.

Philip : Oui. Qu'est-ce que je dois dire ?!

Élodie : Tu dis ce que tu veux. Je crois que c'est pas encore hyper connu que le yoga peut s'enseigner en cours individuels.

Philip : Non. En fait, ce qui se passe, c'est qu'il y a un profond malentendu avec l'Occident : les cours de groupe sont des cours pour enfants. Krishnamacharya a commencé à donner des cours de groupe aux enfants parce qu'ils n'avaient pas le temps, parce qu'ils devaient aller à l'école. Sinon, il n'y a jamais eu de cours de pratique qui étaient en groupe. Jamais. Il y avait des cours de philosophie, peut-être. Des cours de chant, peut-être, mais des cours de groupe jamais. Parce que la pratique est individualisée. Une pratique, c'est comme un médicament. Tu vois, toi-même, tu étais ce matin en consultation avec Kaustubha et moi — tu as vu qu'il m'a donné une pratique en fonction de ce que je lui ai dit.

Élodie : Oui, bien sûr.

Philip : Donc c'est pour ça que les cours de groupe, c'est bien parce que ça permet de faire connaître le yoga, mais ce sera jamais vraiment aussi ciblé qu'un cours individuel. Et pour donner des cours individuels réellement ciblés, réellement vraiment bien ciblés, il faut vraiment beaucoup étudier et travailler sur soi. Parce qu'on ne peut soutenir quelqu'un que jusque là où nous-mêmes on s'est soutenus. Donc on ne peut comprendre quelqu'un que jusque là où nous-mêmes on s'est compris. Les Yoga Sutras de Patanjali parlent de ça dans le 3e chapitre. Il dit : celui qui connaît son propre mental comprend le mental des autres. C'est un peu comme une voiture, si tu veux : si tu sais démonter ta voiture, tu sais démonter la voiture du voisin. Tu comprends les mécanismes. Tu sais aussi démonter une mobylette. Tu sais aussi démonter un moteur. Il y a 2 à 3 trucs de différents, mais c'est un peu pareil. Donc l'idée, c'est de travailler sur soi. Et donc, c'est pour ça que le Viniyoga, c'est une tradition qui est basée sur les cours individuels. Et c'est pour ça que dans nos formations, il y a trois cours individuels minimum par an, pour que les élèves puissent pratiquer quelque chose qui leur est destiné et qui est adapté. Et c'est vraiment pour ça que le yoga est normalement quelque chose d'individuel, où la personne pratique seule. Donc on dit svādhyāya  ça veut dire qu'on étudie à deux, un prof et un élève et puis on pratique seul, on pratique chez soi, et on fait un feedback au professeur. Il y a un suivi, il y a un service après-vente.

Élodie : Service après-vente "Philip Rigo" !

Philip : Moi aussi j'ai un SAV avec mon prof, évidemment. Ça fait partie du truc. C'est pour ça qu'il faut une relation qui a de l'amitié, qui se dégage de tout ça. C'est pas juste une relation professionnelle, c'est vraiment une relation d'humain à humain. C'est ça qui est passionnant. C'est vraiment passionnant.

Élodie : Je suis bien placée pour savoir que tu continues d'apprendre avec Kaustubha, mais aussi tu chantes beaucoup avec Ménaka.

Philip : Avec Ménaka, oui, "Madam" Desikachar. 

Élodie : Je pense qu'on t'entend bien en tout cas à la maison quand tu chantes dans le bureau, on t'entend dans la cuisine!

Philip : En fonction du chant, quand il est terminé, elle a des boutons ou pas.

Élodie : Parfois je suis toute rouge, tellement c'est énervant. Ca chauffe beaucoup!

Philip : Oui, ça chauffe beaucoup. C'est la définition de la discipline, c'est que ça chauffe. Tapas, ça veut dire : c'est ce qui chauffe. Mais quand par exemple on débute un chant qu'on connaît pas bien, on chante mal.

Élodie : Je peux sentir parfois le niveau d'effort que ça requiert, même à distance. 

Philip : Et c'est ça qui te dérange : c'est quand on chante bien que ça passe, mais c'est quand on chante mal que ça t'énerve.

Elodie : J'ai remarqué ça oui. 

Philip : Il y a aussi certains chants qui t'énervaient dans le passé, mais maintenant ça va mieux.


Mot-clé : Viniyoga International

Élodie : Ok, nouveau mot : Viniyoga International.

Philip :Viniyoga International, c'est vraiment la volonté de T.K.V. Desikachar de créer d'abord la Krishnamacharya Healing and Yoga Foundation. Je vais essayer de ne pas être trop technique. Il voulait remettre de l'ordre dans le yoga. Et il a demandé à Kaustubha Desikachar d'élever le niveau. Et ça a créé plein de remous. Plein, plein, plein, plein de remous dans tous les sens. Et c'est ce que Kaustubha a fait. 

C'est pour ça que Kaustubha voyage autant — il voyage, je ne sais pas, 6, 7, 8, 9, 10 mois par an — pour enseigner le yoga dans différents pays. Parce qu'il faut relever le niveau. Et le niveau était trop bas : trop de coups bas politiques, plus assez d'esprit de yoga, trop d'argent, trop de marketing, trop de capitalisme, et tout ça. Et donc, on a fondé Viniyoga International en 2016, qui est finalement une succursale de la Krishnamacharya Healing and Yoga Foundation. Et donc, c'est le registre international qui reprend tous les professeurs affiliés, tous les profs, les thérapeutes, etc., dans le monde entier. Et la beauté du Viniyoga International, c'est qu'on n'est pas reconnu à vie. Il faut continuer, au moins, à être en lien avec la tradition pour qu'on continue à enseigner quelque chose de correct. Donc ça, c'est la beauté de Viniyoga International. La deuxième beauté de Viniyoga International, c'est que les élèves qui sont reconnus par Viniyoga International peuvent être reconnus par l'Indian Yoga Association. Donc ils ont un diplôme — on est les seuls à faire ça — ils ont un diplôme de l'Indian Yoga Association.

Élodie : Donc c'est reconnu par le ministère indien du yoga, on peut dire ça comme ça ?

Philip : Oui, on peut dire ça comme ça, indirectement, oui. Et nous, on est la seule école affiliée Vinyoga International. Ça veut dire qu'on représente réellement la tradition en Europe.

Élodie : Oui, en Europe.

Philip : Et donc on a beaucoup plus de... Comment dire ? De devoirs et d'obligations. Même plus qu'un formateur, on a énormément de devoirs et d'obligations. Mais moi je vois ça comme un privilège. Du coup, ça ne me pèse pas du tout. Je vois ça comme un privilège, je ne vois pas du tout ça comme une obligation.

Mot-clé : Voyage

Élodie : Nouveau mot ? Peut-être qu'on va avoir un sujet qu'on a déjà évoqué, mais... Voyage!

Philip : Voyage ! Dis-moi !

Élodie : Pour te former, toi, tu as commencé par l'Inde. Je me souviens, je t'ai rejoint en Thaïlande l'année dernière pour un séminaire international. Et tu es allé étudier le yoga dans différents pays.

Philip : Oui, mais toujours auprès de Kaustubha. Donc on a fait l'Estonie, on a fait la France, on a fait l'Allemagne, on a fait évidemment la Belgique, puisqu'il vient un mois et demi par an. On a fait l'Inde — l'Inde, on a fait beaucoup à une époque. La Nouvelle-Zélande.

Elodie : On était en Nouvelle-Zélande. Pour nous, c'est carrément à l'autre bout de la planète.

Philip : J'ai passé beaucoup de temps en Inde parce qu'à un moment donné j'y allais 3 mois, 3 mois et demi par an.

Élodie : Donc si on devait remettre bout à bout tous les mois que t'as passé en Inde, je crois qu'on avait déjà fait le calcul, mais c'était assez démesuré. C'est 1 an ou 2 ans ?

Philip : On dépassait l'année, ça c'est sûr. Mais j'avais demandé si on n'arrivait pas à 2 ans ou quelque chose comme ça, ou un peu plus. Parce que tu sais, 3-4 mois par an, tu fais ça pendant 3 ans, t'as 1 an. Donc 2 ans, ça paraît cohérent. Je sais pas, je sais plus, c'est trop compliqué avec tous les passeports et tout ça. Et les voyages, il y en a une trentaine. Il y a des petits — le plus petit, c'est 3 jours, parce que je devais revenir rechercher des élèves. Donc j'y étais 3 à 4 jours, j'avais un truc important à faire là-bas, mais je voulais pas que mes élèves prennent l'avion sans moi. Donc je suis revenu pour 24h, et j'ai été chercher les élèves, puis je suis reparti.

Élodie : Parce que tu as déjà organisé en fait, deux voyages, si je ne me trompe pas.

Philip : Deux magnifiques voyages.

Élodie : Deux magnifiques voyages où tu as emmené tes élèves en Inde.

Philip : Oui. À la source.

Élodie : Oui. Ça, c'était de sacrées expériences. Parce que c'est quand même beaucoup de responsabilités — on ne se rend pas compte. Mais l'Inde, c'est quand même pas un pays hyper facile. Ne fût-ce qu'au niveau des transports et tout ça. Enfin, voilà, tu as eu quelques épopées en emmenant tes élèves.

Philip : Oui, on a eu quelques épopées, mais qui sont bien terminées.

Élodie : Oui, tout se termine bien, toujours.

Mot-clé : Animaux

Élodie : Nouveau mot : animaux.

Philip : Oui. Je ne sais pas.

Élodie : Les élèves savent bien. Ton amour pour les chats, ton contact avec les animaux. Depuis que tu es petit, en fait. Tu es quelqu'un qui a un contact assez inné avec les animaux. D'ailleurs, de toute façon, les animaux, ils viennent vers toi automatiquement.

Philip : C'est toujours très, très drôle.

Élodie : Des animaux qui ne te connaissent pas — on se balade parfois sur le ravel, on fait des promenades sur le ravel, et c'est vrai que les chiens ils viennent toujours te dire bonjour.

Mot-clé : Traducteur

Élodie : D'accord. Un autre mot : traducteur.

Philip : Oui, je traduis. Depuis 2016, 10 jours d'affilée. J'ai traduit toutes les formations de yoga thérapeutique depuis 2016. J'ai traduit chaque mot dans les deux sens, de l'anglais vers le français, du français vers l'anglais.

Élodie : C'est intense.

Philip : C'est très intense. Un jour, deux jours, ça va. Trois jours, ça va. Mais 10 jours, c'est compliqué.

Élodie : Oui, moi quand je te récupère parfois, j'ai l'impression que tu ne comprends plus trop le français.

Philip : C'est vrai. J'ai besoin de reposer mon cerveau. Oui, à ce moment-là, c'est surchauffe. Mais les gens me disent qu'ils ne comprennent pas comment je peux faire pour traduire autant sans prendre note.

Elodie : J'ai déjà eu l'occasion d'observer. Tu as une espèce de petit carnet. De temps en temps, tu notes un mot.  Tu ne notes plus maintenant ?

Philip : Non, je ne peux plus noter. Parce que ce n'est pas sympathique pour les élèves. Je n'ai plus besoin de noter.

Élodie : Parce que je sais qu'à un moment donné tu écrivais. Et donc c'est du direct.

Philip : C'est pas si difficile, parce que je connais tellement bien Kaustubha. Ce qui est difficile, c'est de tenir dans la durée. Mais j'ai passé tellement de temps avec lui, j'ai déjà tellement traduit.

Élodie : Est-ce que le contenu des cours aussi, t'es de plus en plus familier au fur et à mesure du temps ?

Philip : Non, il change. Toutes les formations que j'ai faites — parce que j'ai fait la mienne, on en a fait 3 ici en Belgique, donc ça fait 4 formations — la moitié est différente à chaque fois. Il s'adapte, il connait tellement qu'il s'adapte. Par contre, ce qui est dur, c'est de traduire les élèves.

Élodie : Oui, tu dois chaque fois t'adapter à un style, à un accent, et puis aussi, je vais dire, le débit de la personne.

Philip : Ce qui est difficile, c'est de traduire quelqu'un que tu connais pas. Parce qu'au début, tu ne connais pas tout le monde. Et donc tu dois rentrer dans l'univers mental de quelqu'un, dans l'énergie de quelqu'un. Quand je traduis quelqu'un — quelqu'un dit : moi, il m'est arrivé ceci — moi, je vais traduire en anglais : this happened to me. Donc je me mets à la place de la personne. Donc quelque part, énergétiquement, il y a une congruence entre la personne et moi. Et donc quand il n'y a pas encore cette connexion, c'est compliqué, parce que je dois essayer de comprendre ce que la personne veut dire. Et parfois leur anglais n'est pas très bon, donc ils mettent de l'italien dedans, de l'espagnol dedans.

Élodie : Bah oui, pourquoi faire simple ?

Philip : Et donc énergétiquement, c'est compliqué parce que je dois rentrer un peu dans la tête de chacun. Et parfois ils parlent de choses émotionnellement très, très intenses, et donc ça passe à travers moi.

Élodie : Oui, même toi ça t'affecte, quoi, en fait.

Philip : Et alors le soir, par exemple, s'il y a 2 à 3 personnes qui ont fait ça sur la journée, je ne sais plus qui je suis. Ma conscience est confuse. Donc c'est une vraie transformation de faire ça, mais je suis content de le faire. Je suis vraiment honoré, heureux de pouvoir faire ça de ma vie, mais chaque fois, c'est un peu compliqué.

Élodie : Ça, c'est un sacré challenge, en tout cas.

Philip : Oui, c'est un sacré challenge.

La suite à lire ici : partie 3

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